Lili du Marquis (2)

Publié le par danielle

quelques photos en vrac et quelques extraits du texte....

 

Veillée du soir . L’homme est resté . Mangé soupe, polenta , bu la gnôle .Parti pisser dehors . Maman, pourquoi il a une robe cet homme . Maman rit . C’est ton père, c’est son manteau de soldat qui lui traîne aux pieds, pour lui la guerre est finie, le revoilà . 

 Dans la nuit la mère a gémi . L’enfant aussi , qui ne l’avait jamais entendue se plaindre ainsi dans le noir . Le frère moyen lance des coups de pied rageurs .Tais toi, mais tais toi donc .

La mémoire est un drôle d’animal qui ruse et s’esquive et laisse juste un zigzag de couleur sur la neige. Et encore, c’est de notre mémoire à chacun que je parle. Alors la mémoire des autres, comment la transmettre juste, comment offrir et recevoir cet encombrant et précieux cadeau ? On ne parle jamais assez aux vivants tant qu’ils le sont encore. Ensuite, il faut faire comme on peut avec les bribes qu’on a, reconstituer le puzzle comme mademoiselle Botrel ses cartes de géographie

 

 Ernestine : C’est votre premier poste, mademoiselle ?

 Eulalie  Botrel : Le deuxième. J’ai commencé dans un village au dessus d’Aiguebelle.

 Henriette:  Mon père dit qu’ils vous ont chassée de là-bas.

 E B : Chassée ? Non. Je voulais me rapprocher de ma mère, qui habite près de Grenoble. Les enfants, pour commencer vous allez tous me dire le meilleur souvenir que vous gardez de Mr Lepraz. Par exemple, la chose la plus importante qu’il vous ait apprise.

 Ernestine: Ah Mademoiselle, ça c’est trop difficile, demandez moi de vous réciter la table de sept, ça j’ai fini par y arriver.

Elle ne croit pas en Dieu

 -Elle a osé le dire à nos enfants

 -Servante du diable

 -Elle ne va à la messe que pour lancer des œillades à nos hommes

 -Pour boire avec eux et les frôler, la maligne, jusqu’à les rendre fous

 -Ma femme dit qu’elle a jeté un sort aux petits

 -Monsieur le curé, il faut écrire à l’évêché

 -Qu’ils nous en envoient une  autre, une bonne chrétienne

 -L’ école laïque ça n’a pas de sens

 -Quand même il y a le catéchisme pour le reste l’église n’a pas à fourrer son nez partout

 -Mécréant que tu es  la Botrel et toi vous feriez un beau couple

 -Avec ses fantaisies du diable

 -Devenir trop savant, à quoi ça nous sert à nous autres

 -Juste à nous rendre plus malheureux à vouloir péter plus haut que nos culs .

 Gustave : moi je te dis qu’ils savaient ce qu’ils faisaient

 Louis : Le général était un brave homme

 Gustave : Un brave homme qui t’a envoyé au casse-pipe, le fumier

 Lili:  les guerres , c’est faire s’entre-tuer des gens qui ne se sont jamais vus pour le profit de gens qui se connaissent très bien

 Ernestine : Tu répètes des phrases que tu ne comprends même pas

 Louis : Le général est venu sur le champ de bataille ; Il nous a parlé à tous personnellement. Il nous a remercié de supporter tout ça. Il n’était pas obligé.

 Lili : Il n’a pas passé plus de deux ans dans les tranchées, lui

 Louis : Lili, moi je ne joue plus. Tu es un mécréant et un rouge, comme ton père

 Gustave : Et toi un cul béni comme ta mère

 

Le petit se débrouillait pour qu’on l’oublie .Pendant des heures il écoutait les hommes . La guerre était là dans leurs cicatrices et leurs paroles . Quelle boucherie . Des gens qui ne se connaissent pas et qui se tuent pour le profit de gens qui eux, se connaissent très bien . (Ou peut -être cette phrase est elle venue plus tard ?) C’est toujours les mêmes qui trinquent . Nous on crève de faim quand on crève pas dans leurs saloperies de tranchées , et faudrait qu’on se taise ? Tout seul tu peux rien . L’odeur, la puanteur que c’était . C’est fini,ça ne reviendra pas . Rêve pas, déja ils nous en préparent une autre . En Russie tu sais, il se passe ... Je vais vous lire l’article dans mon journal . Tu vas nous faire des histoires encore . Moi, personne ne me dit ce que je dois penser .

 A seize ans, il se mit à porter un foulard rouge .

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